Un bon bilan économique pour la politique de réforme d'Emmanuel Macron

La France est confrontée à un certain nombre de problèmes économiques structurels, parmi lesquels la perte de compétitivité et le dérapage des finances publiques. Ces faiblesses structurelles, qui lui ont fait prendre du retard sur plusieurs autres pays de l'UE, compriment son potentiel de croissance économique. Avec les réformes présentes et futures, Emmanuel Macron s'efforce de prendre le taureau par les cornes. Ces mesures ont déjà soulevé beaucoup de protestations, mais le bilan du président est bon d'un point de vue macroéconomique. Les réformes devraient en effet accroître le potentiel de croissance de la France à plus long terme.

Le président français a connu des mois difficiles. Un scandale impliquant l'un de ses gardes du corps a entraîné le dépôt de deux motions de censure contre son gouvernement, qui ont été, il est vrai, rejetées par l'Assemblée nationale. Trois de ses ministres ont déjà jeté l'éponge. Les vagues de grèves et de protestations font régulièrement la une et les sondages montrent que sa cote de popularité diminue de mois en mois. Malgré ces éléments négatifs, un optimisme (économique) se justifie néanmoins.

Des problèmes structurels...

La France est confrontée à un certain nombre de problèmes structurels qui compriment son potentiel de croissance économique. Les défis du marché du travail français en sont une cause importante. L'inadéquation entre le système éducatif et les compétences que les entreprises jugent importantes ainsi que les incitants au travail insuffisants ont contribué à engendrer un chômage structurel élevé. En conséquence, la baisse du taux de chômage français depuis la crise de l'euro est restée limitée par rapport aux autres pays de la zone euro (graphique 1). La France se heurte en outre à un problème de compétitivité. La part de marché de l'Hexagone dans le commerce mondial n'a cessé de diminuer depuis le début des années 2000, ce qui n'a pas été le cas dans des pays comparables tels que l'Allemagne et l'Espagne. L'importance grandissante des marchés émergents a restreint l'accès de l'ensemble des économies développées au marché mondial et a grignoté leurs parts de marché. La France n'a cependant pas pu compenser cette situation en raison de facteurs internes. Ainsi, la pression fiscale élevée sur le travail, la rigidité du marché du travail et le manque de spécialisation française dans les secteurs de haute technologie - qui sont relativement moins exposés à la concurrence par les prix - ont entraîné une perte de compétitivité. La principale conséquence en est un déficit persistant du compte courant depuis la crise financière. Le niveau élevé de la dette publique constitue en outre un risque pour les perspectives de croissance de la France car il réduit la marge de manœuvre budgétaire en cas de choc économique négatif. Ces problèmes structurels ont entraîné - surtout après la crise de l'euro, à l'exception des derniers trimestres - un retard de la croissance économique française au sein de la zone euro.

Figure 1 - La baisse du taux de chômage français est restée limitée depuis la crise de l'euro (en % de la population active, chiffre harmonisé)

Source : KBC Economic Research sur la base d'Eurostat (2018)

...versus la politique de réforme d'Emmanuel Macron

Peu après les élections présidentielles et parlementaires de 2017, le président Macron a pris le taureau par les cornes, ainsi qu'il s'y était engagé dans son programme électoral. À l'automne de la même année, le gouvernement avait déjà procédé à une première vague de réformes. Afin de réduire le déficit de flexibilité du marché du travail, les petites entreprises ont été autorisées à conclure des accords salariaux avec les salariés au niveau des entreprises. Le dialogue avec les partenaires sociaux a en outre été davantage rationalisé. Le gouvernement s'est également attaqué à la pression fiscale élevée. Au début de 2018, l'impôt des sociétés des petites entreprises a été ramené de 33,3% à 28%. D'ici 2022, un taux de 25% (hors contributions additionnelles) s'appliquera à toutes les entreprises. Actuellement, la France est toujours en tête des pays où le taux d'imposition des sociétés est le plus élevé. La baisse de ce taux, si aucun changement de politique n'intervient dans les autres pays, rapprochera la France de la moyenne de la zone euro (graphique 2). Une réduction des cotisations de sécurité sociale devrait réduire l'écart important entre les coûts salariaux de l'employeur et le salaire net du salarié. Ainsi, la politique de réforme d'Emmanuel Macron s'est attelée très rapidement et très largement aux défis du marché du travail français. De nombreuses réformes sont en outre encore en projet. Elles portent notamment sur la réforme des systèmes d'éducation et de formation, en mettant davantage l'accent sur les formations professionnelles et les stages.

Figure 2 -La réduction de l'impôt des sociétés rend la France plus compétitive (taux légal de l'impôt des sociétés, en %, contributions additionnelles comprises, 2018)

Source : KBC Economic Research, sur la base des données de l’OCDE (2018)

Impact positif à long terme

Le parti d'Emmanuel Macron dispose d'une majorité absolue au Parlement français. De plus, l'opposition est toujours affaiblie depuis sa défaite électorale de l'an dernier. De ce point de vue, relativement peu d'obstacles pourraient donc entraver le programme de réforme d'Emmanuel Macron. Le mécontentement de la population ne semble pas non plus arrêter le gouvernement français. Emmanuel Macron et son gouvernement ont déjà déclaré à plusieurs reprises que la baisse de leur popularité ne les empêcherait pas de poursuivre leur programme de réforme. Et cela est une bonne chose. Bien que les futures réformes risquent aussi de ne pas faire l'unanimité, elles sont indispensables pour remédier aux faiblesses structurelles de l'économie française. D'un point de vue macroéconomique, le président Macron fait donc du bon travail. Lorsque l'impact positif de ses réformes se fera pleinement sentir, le potentiel de croissance à plus long terme de la France devrait s'accroître. Les Français ne décernent peut-être pas un bon bulletin au gouvernement Macron, mais d'un point de vue économique, nous lui disons : Continuez comme ça !

Disclaimer:

Toute opinion formulée dans les KBC Opinions Économiques représente l’opinion personnelle de l’auteur ou des auteurs. Any opinion expressed in this KBC Economic Opinions represents the personal opinion by the author(s). Ni la mesure dans laquelle les scénarios, les risques et les pronostics présentés reflètent les prévisions du marché, ni la mesure dans laquelle ils seront corroborés par la réalité ne peuvent être garanties. Les prévisions sont fournies à titre purement indicatif. Les données de cette publication sont générales et purement informatives. Elles ne peuvent être considérées comme des recommandations en investissement. La durabilité fait partie de la stratégie commerciale globale de KBC Group NV (voir https://www.kbc.com/fr/durabilite-de-l-entreprise.html). Nous tenons compte de cette stratégie dans le choix des sujets de nos publications, mais une analyse approfondie de l'évolution économique et financière nécessite d'aborder une plus grande variété de sujets. Cette publication relève de la ‘recherche en investissements’, telle que visée par la loi et la réglementation sur les marchés d’instruments financiers. Toute transmission, diffusion ou reproduction de ces informations, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit, est interdite sans l’autorisation expresse, préalable et écrite de KBC Groupe SA. KBC et CBC Banque SA ne peut être tenu responsable de leur exactitude ou de leur exhaustivité.

Gerelateerde publicaties:

Nous utilisons des cookies et technologies similaires pour garantir le bon fonctionnement de notre site internet et rendre votre navigation plus agréable. Ils nous permettent aussi d’adapter notre site à vos besoins et préférences. En continuant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de ces cookies. Vous souhaitez en savoir plus? Ou vous n’êtes pas d’accord?Cliquez ici.