Perspectives économiques avril 2019

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À la une

  • Les récents indicateurs d'activité et de confiance révèlent une tendance baissière soutenue et synchrone de la croissance de l'économie mondiale. Cette faiblesse réside toujours dans l'industrie manufacturière. Le secteur des services, davantage axé sur la demande intérieure, résiste bien.
  • Nous prévoyons une reprise de la croissance de la zone euro au second semestre 2019. Le redressement progressif de l'économie allemande après les performances décevantes des derniers mois est un élément crucial de ce scénario. Or, celui-ci est probable pour un certain nombre de raisons. Des obstacles tels que l'introduction de nouvelles règles d'émission de CO2 dans l'industrie automobile sont levés progressivement, tandis que les perturbations de la chaîne d'approvisionnement imputables à la sécheresse exceptionnelle de l'année dernière appartiennent largement au passé. La poursuite du revirement du cycle des stocks soutiendra en outre temporairement la croissance. Le climat régnant sur les marchés financiers à l'échelle mondiale est également devenu plus stimulant qu'à la fin de 2018. Les banques centrales annoncent dans leur communication une politique plus favorable à la croissance et les taux à long terme ont baissé. Les mesures de relance prises par la Chine devraient également contribuer positivement à la croissance allemande.
  • Les incertitudes qui planent sur l'économie mondiale demeurent nombreuses et élevées. Avec le nouveau report du Brexit, l'incertitude persiste pour les entreprises britanniques, les partenaires commerciaux britanniques et l'économie mondiale dans son ensemble. Nous réitérons notre scénario selon lequel un accord évitant des conséquences économiques désastreuses pour le Royaume-Uni et l'UE sera finalement trouvé. Toutefois, plus l'incertitude se prolonge, plus la confiance s'érode et plus les décisions d'investissement sont reportées. Le risque d'une escalade du conflit commercial entre les États-Unis et l'UE reste également à l'ordre du jour, malgré le (re)démarrage attendu des négociations commerciales bilatérales.
  • Les indicateurs économiques récents n'ont pas incité les grandes banques centrales à modifier leur approche prudente. Au contraire, sur la base des derniers chiffres de l'inflation et de la croissance, tant la Fed que la BCE ont assoupli leur position. Pour la BCE, cela signifie qu'elle ne commencera pas à normaliser son taux directeur avant 2020 au plus tôt. Pour la Fed, nous prévoyons maintenant un premier abaissement des taux en 2020 en réponse au ralentissement de l'économie américaine. Dans ce contexte, les taux à long terme resteront bas en 2019.

Contexte international

Ralentissement synchrone de la croissance

Le FMI est la dernière institution internationale à revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour l'économie mondiale. Le FMI s'attend à ce que les économies développées et émergentes, ainsi que les pays en développement, connaissent un ralentissement considérable de la croissance en 2019. 

Les récents indicateurs d'activité et de confiance suggèrent en effet que la tendance baissière synchrone de la croissance économique mondiale se poursuit. La faiblesse réside toujours dans l'industrie manufacturière (figure 1). Le secteur des services, davantage axé sur la demande intérieure, résiste bien. La confiance des producteurs mondiaux (PMI) dans le secteur des services a augmenté pour le deuxième mois consécutif en mars. Le niveau actuel de 53,7 est-il est vrai inférieur au sommet atteint au début de 2018. Il continue toutefois de révéler la confiance élevée des entreprises dans le secteur des services, malgré le ralentissement de la croissance dans les différentes régions et l'incertitude qui joue toujours un rôle important. La vigueur de la demande intérieure, en particulier dans les économies développées, est probablement l'un des facteurs expliquant la résistance du secteur des services.

Figure 1 - La fragilité de la confiance se concentre dans l'industrie manufacturière (indice de confiance des directeurs d'achats (PMI), à l'échelle mondiale, 50 = niveau neutre)

Source: KBC Economics d'après IHS Markit

Contrairement à la tendance géographiquement synchrone de 2019, les dernières prévisions du FMI confirment notre prévision selon laquelle certaines régions devraient bénéficier d'une reprise de la croissance en 2020. Pour la zone euro, notre scénario comporte un certain nombre de facteurs temporaires qui pèsent sur la croissance cette année, mais qui augmentent la probabilité d'une reprise en fin d'année.

L'un de ces facteurs de soutien est l'adoption par la Chine de mesures budgétaires et monétaires supplémentaires. Certains effets positifs sont déjà perceptibles. Ainsi, les indicateurs de confiance des producteurs chinois se sont de nouveau améliorés ces derniers mois. Les mesures prises par le gouvernement et la banque centrale pour stabiliser la croissance économique et éviter un atterrissage forcé ont peut-être joué un rôle à cet égard. Les signaux positifs observés dans le cadre des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine peuvent également avoir contribué à l'amélioration de la confiance des producteurs. Les consommateurs chinois semblent également bénéficier des mesures de relance, comme en témoigne la reprise de la croissance des ventes au détail. Notre scénario reste donc celui d'un ralentissement progressif de la croissance chinoise (pas d'atterrissage forcé). Étant donné que le marché chinois représente une importante destination d'exportation pour de nombreux pays et produits, le renforcement de l'activité économique chinoise aura des retombées internationales positives. Celles-ci contribueront à la reprise de la croissance mondiale cette année et l'année prochaine.

Dans l'ensemble, les marchés émergents se comportent relativement bien dans le contexte de l'intensification des incertitudes internationales et de l'assombrissement du climat commercial international. La confiance des producteurs est solide dans toutes les régions (entre autres au Brésil, en Russie et en Inde). Bien que les marchés émergents asiatiques soient particulièrement touchés par le ralentissement de la croissance chinoise et la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, leurs économies demeurent très résistantes. Par conséquent, nous n'entrevoyons aucun signe de crise systémique dans les marchés émergents dans un proche avenir. Des vulnérabilités spécifiques à certains pays subsistent cependant. Les événements récents en Turquie ont montré que ces risques continueront de contribuer à la volatilité des marchés financiers (voir encadré 1).

Encadré 1 - Le ralentissement de la croissance turque a un impact sur le résultat des élections locales

Fin mars, les électeurs turcs se sont rendus aux urnes pour les élections locales. Il s'agissait des premières élections depuis la révision constitutionnelle et la transition vers un régime présidentiel l'année dernière. Bien qu’il reste le plus grand parti du pays (44%), l'AKP - le parti du président Erdogan - a essuyé un revers électoral. Il a perdu le contrôle de la capitale Ankara et des principaux centres économiques d'Istanbul et d'Izmir au profit du principal parti d'opposition (CHP). L'opposition a ainsi pris le contrôle du seul centre de pouvoir en dehors du régime présidentiel par ailleurs centralisé.

L'une des principales raisons de ces résultats électoraux moins bons que prévu pour le parti au pouvoir est la faiblesse de la croissance économique. Celle-ci s'explique par la crise monétaire à la fin de l'été 2018, lorsque la livre turque s'est dépréciée de plus de 30% par rapport au dollar. Les déséquilibres macroéconomiques sous-jacents - une position extérieure faible et une forte dépendance à l'égard de l'afflux volatil de capitaux à court terme - se sont clairement manifestés. En conséquence, pour la première fois en dix ans, l'économie turque est entrée en récession, avec une baisse du PIB réel de 1,6% et 2,4% respectivement au troisième et au quatrième trimestre 2018 par rapport au trimestre précédent (figure E1).

Nous prévoyons une contraction de l'économie de 1,5% cette année, les risques étant baissiers. Les causes en sont la contraction rapide de la demande intérieure due à l'arrêt brutal de l'afflux de capitaux et à la pénurie de crédit consécutive. Rien n'indique en outre que la croissance économique se redressera dans un avenir proche car les fondamentaux économiques restent faibles et extrêmement fragiles: les bilans des entreprises sont vulnérables, les réserves de change sont limitées et la livre demeure volatile. En outre, le contexte économique extérieur reste morose en raison du ralentissement de la croissance de l'économie de l'UE, principal partenaire commercial de la Turquie. Les prochaines années sans élections semblent donc être un moment opportun pour des réformes qui renforceront les fondamentaux économiques de la Turquie. Pour atteindre cet objectif, un certain nombre de changements majeurs doivent toutefois être apportés à la politique économique.

Figure E1 - L'économie turque est en récession (variation trimestrielle du PIB réel, en %)

 

Source : KBC Economics, sur la base de TurkStat

Reprise de la croissance en Allemagne

Une composante importante de notre scénario de croissance pour l'économie de la zone euro est la reprise attendue de l'économie allemande après les résultats décevants des derniers mois. La faiblesse actuelle de l'économie allemande est le résultat d'une conjonction de facteurs. Bien que le ralentissement de la croissance de l'économie mondiale ait un impact négatif sur les exportations allemandes, les importations allemandes restent soutenues grâce à la croissance de l'emploi intérieur et à une évolution favorable des salaires qui, ensemble, stimulent la consommation (figure 2). La croissance réelle du PIB allemand au cours des derniers trimestres a donc été principalement tirée par la demande intérieure, en particulier la consommation privée, l'investissement et les dépenses publiques. Les exportations nettes ne contribuent guère à la croissance allemande, car la croissance des importations dépasse celle des exportations. Les exportations allemandes sont remarquablement résistantes malgré l'incertitude mondiale et le ralentissement de la croissance économique. En outre, la faiblesse du secteur industriel s'est accentuée, à commencer par l'industrie automobile (en raison de la nouvelle réglementation sur les émissions de CO2) et l'industrie chimique (qui a connu l'année dernière des problèmes de transport consécutif aux étiages du Rhin), et s'est étendue à d'autres sous-secteurs de l'industrie manufacturière. La production automobile allemande a baissé de 7,2% au second semestre 2018 par rapport au premier semestre 2018. Les nouvelles commandes dans l'industrie manufacturière ont baissé de 8,4% en glissement annuel en février. Des revers temporaires inattendus ont entraîné une accumulation des stocks importante aux deuxième et troisième trimestres 2018 et le déstockage consécutif au quatrième trimestre. De plus, l'exiguïté croissante du marché du travail freine également l'industrie manufacturière. Que le phénomène soit temporaire ou structurel dépend de la volonté d'investir dans l'expansion des capacités. La forte croissance continue des investissements semble toutefois indiquer que ces limitations de capacité peuvent être surmontées. La baisse temporaire de la production dans l'industrie manufacturière a également atténué les limitations de capacité effectives.

Figure 2 - La croissance des importations allemandes dépasse celle des exportations (échanges de biens, corrigés des variations saisonnières et calendaires, variation annuelle en %)

Source : KBC Economics, sur la base de Destatis

Une reprise est probable à court terme pour plusieurs raisons. La poursuite du revirement du cycle des stocks apportera un soutien temporaire à la croissance. Le climat financier mondial est en outre plus propice à la croissance qu'à la fin de 2018, les banques centrales étant devenues plus prudentes et les taux à long terme ayant baissé. Les mesures chinoises devraient également avoir un impact positif sur la croissance allemande au second semestre 2019. Il est également important de noter que notre prévision d'une faible croissance pour l'ensemble de 2019 cache une dynamique trimestrielle relativement favorable. Cette dynamique est en phase avec la croissance potentielle estimée (figure 3). En ce qui concerne les perspectives économiques à long terme, la croissance devrait encore s'affaiblir progressivement. Cette situation sera largement imputable à des facteurs liés à l'offre à mesure que l'exiguïté du marché du travail se renforce et que les pénuries croissantes de main-d'œuvre, également aggravées par des facteurs démographiques, pèseront sur la croissance potentielle. Les principaux risques de ce scénario sont de nature politique (Brexit et politique commerciale mondiale).

Figure 3 - Une croissance moyenne atone masque une bonne dynamique trimestrielle (variation trimestrielle du PIB réel allemand en %, projections à partir de 2019)

Source : KBC Economics d'après Destatis et prévisions propres

L'incertitude demeure élevée

Les incertitudes qui planent sur l'économie mondiale demeurent nombreuses et élevées. L'une d'elles est la saga du Brexit. Malgré le report du délai de ratification au 12 avril 2019, l'accord de sortie que la Première ministre Theresa May et le Conseil européen avaient approuvé en novembre 2018 n’a toujours pas obtenu la majorité au Parlement Britannique. À la demande du Royaume-Uni, le Conseil européen a accordé une nouvelle prolongation jusqu'au 31 octobre 2019. Cette période peut être considérée comme une 'flextension' en ce sens que le Royaume-Uni peut aussi quitter l'UE dès que l'accord de sortie aura été ratifié par le Parlement britannique. La prolongation du délai est toutefois soumise à un certain nombre de conditions. Le Royaume-Uni est tenu de participer aux élections parlementaires européennes si l'accord de sortie n'est pas ratifié avant le 22 mai 2019. En outre, le Royaume-Uni s'est engagé à 'agir de manière constructive et responsable' pendant la période de 'flextension' et donc à ne pas perturber les processus décisionnels de l'UE.

Le nouveau report signifie que l'incertitude reste élevée pour les entreprises britanniques, pour les partenaires commerciaux britanniques et pour l'économie mondiale dans son ensemble. Nous confirmons notre scénario selon lequel un accord évitant des conséquences économiques désastreuses pour le Royaume-Uni et l'UE-27 sera finalement trouvé. Toutefois, plus l'incertitude se prolonge, plus la confiance s'érode et plus les décisions d'investissement sont reportées. Bien que le report augmente la probabilité d'un Brexit plus doux, il signifie également que l'incertitude continuera de peser sur l'activité économique.

L'escalade possible du conflit commercial avec les États-Unis constitue une autre source d'incertitude pour l'économie européenne. Le risque existe en effet que les États-Unis introduisent des droits à l'importation sur les voitures et les pièces détachées automobiles. Les mesures brandies dans le conflit entre Airbus et Boeing pourraient en outre causer des dommages économiques supplémentaires (voir encadré 2). Les risques géopolitiques se sont également aggravés récemment. Le conflit en Libye s'est intensifié ces dernières semaines et a entraîné une augmentation du prix du pétrole. La situation des pays exportateurs de pétrole comme l'Iran, le Nigeria et le Venezuela reste également vulnérable et sensible aux obstacles (principalement politiques) aux flux de l'offre de pétrole.

Encadré 2 - Le commerce mondial est en berne

Alors que 2017 a apporté nombre de bonnes surprises sur le plan économique, avec une croissance plus forte que prévu du PIB et du commerce, l'année 2018 a été marquée par un ralentissement de la croissance du commerce et de l'activité économique. Cette faiblesse s'est également poursuivie au début de 2019. Le Wereldhandelsmonitor du Centraal Planbureau (CPB) en est une bonne illustration (figure E2.1). L'indice mesure le volume du commerce international des flux de marchandises sur une base mensuelle. Ce chiffre reflète clairement les solides résultats de 2017, les problèmes de 2018 et la croissance négative du commerce à la fin de 2018. Les premiers chiffres de janvier 2019 montrent que les échanges de biens ne se redressent que partiellement.

Figure E2.1 - Moniteur CPB du commerce mondial  (échanges de marchandises en volume)

Source : KBC Economics, d'après le Centraal Planbureau (CPB) 

Selon les estimations préliminaires de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le taux de croissance annuel moyen du volume du commerce international en 2018 était de 3,0% à l'échelle mondiale, bien en deçà des estimations initiales de l'OMC et du taux de 4,6% en 2017. Les chiffres très décevants du quatrième trimestre ont particulièrement contribué aux très piètres performances de 2018. La faible croissance du commerce s'est principalement concentrée en Europe et en Asie, deux régions qui représentent une part importante des flux commerciaux mondiaux. Il est toutefois positif de constater qu'en 2018, les services commerciaux ont fortement progressé pour la deuxième année consécutive (+7,7%), principalement grâce à la forte croissance des importations de services en Asie.

Les résultats décevants des échanges de biens sont dus à plusieurs facteurs. L'escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine est sans aucun doute l'un d'entre eux. L'augmentation répétée des tarifs à l'importation de part et d'autre a entraîné une distorsion des flux commerciaux bilatéraux. Les flux commerciaux d'autres économies entretenant des liens commerciaux étroits avec les États-Unis ou la Chine ont en outre été affectés. De plus, l'incertitude accrue a eu un impact négatif à l'échelle mondiale. Le flou persistant entourant la sortie du Royaume-Uni de l'UE a également pesé sur les flux commerciaux mondiaux. Au niveau mondial, l'affaiblissement de la demande et l'essoufflement de la croissance du PIB réel ont contribué au ralentissement de la croissance commerciale. Des facteurs temporaires ont également joué un rôle. Les problèmes rencontrés dans l'industrie automobile allemande en raison des nouvelles exigences en matière de contrôle des émissions et la fermeture d'un certain nombre d'administrations fédérales américaines pourraient avoir entraîné un report temporaire des décisions d'achat des consommateurs et des entreprises.

Les indicateurs avancés ne font pas état d'une nette amélioration du commerce international dans un avenir proche. La confiance des producteurs, telle que mesurée par les PMI, est toujours en baisse dans l'industrie manufacturière, ouverte au commerce international. La sous-composante des commandes à l'exportation reste de manière générale particulièrement faible. Le World Trade Outlook Indicator de l'OMC ne montre pas non plus une reprise de la croissance du commerce au premier semestre 2019 (figure E2.2). Sur la base de ces conclusions, l'OMC a révisé à la baisse ses projections de croissance en volume des échanges de biens à 2,6% en 2019 et 3,0% en 2020. Une reprise de la croissance du commerce en 2020 est probable, conformément à notre scénario de reprise partielle de la croissance économique mondiale.

Figure E2.2 - Indicateur des perspectives du commerce mondial de l'OMC

Source : KBC Economics, d'après l'Organisation mondiale du commerce (OMC)

L'émergence de conflits commerciaux et l'incertitude qu'ils engendrent seront des déterminants importants pour le commerce. Les négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis sont toujours en cours et aucun accord définitif n'a encore été conclu. Des progrès ont été réalisés, mais un accord éventuel a été reporté au mois de mai au plus tôt. L'une des principales pierres d'achoppement demeure la question de savoir si les taux déjà appliqués seront réduits ou non. De plus, la demande américaine de mécanismes visant à assurer le respect de l'accord est une question délicate pour les autorités chinoises. Néanmoins, les États-Unis et la Chine ont récemment convenu de mettre en place des organes de surveillance pour contrôler le respect de l'accord. Notre scénario de base ne prévoit pas une nouvelle escalade du conflit entre les États-Unis et la Chine, car nous estimons qu'il est plus probable qu'un accord soit conclu dans un avenir proche. Les problèmes sous-jacents ne s'en trouveront toutefois pas entièrement résolus. Le conflit risque de passer des questions commerciales aux questions technologiques, la Chine se concentrant davantage sur la production et l'exportation de produits à haute valeur ajoutée.

Outre le conflit avec la Chine, les États-Unis créent des tensions commerciales avec l'UE. Dans le contexte de l'enlisement du conflit entre les avionneurs Airbus et Boeing, les États-Unis ont annoncé des tarifs supplémentaires sur les importations de produits européens. Ces tarifs constituent une réaction des États-Unis aux subsides illégaux que les gouvernements européens auraient accordés à Airbus. La liste provisoire contient des produits d'une valeur d'environ 11 milliards USD. Cette menace s'ajoute au risque de droits d'importation américains supplémentaires sur les voitures et les pièces automobiles. Il s'agit là de facteurs d'incertitude importants pour une économie européenne déjà atone. L'UE a néanmoins décidé de donner le feu vert à de nouvelles négociations commerciales avec les États-Unis. Il s'agit là d'un signe encourageant, mais tant que les tensions commerciales ne s'estompent pas et que l'incertitude demeure élevée, les flux commerciaux et les décisions d'investissement seront perturbés à l'échelle mondiale.

Les partisans d'une politique monétaire souple sont satisfaits

Les indicateurs économiques récents n'étaient pas de nature à modifier l'attitude prudente des grandes banques centrales. Lors de sa dernière réunion de politique monétaire, la Banque centrale européenne a une nouvelle fois souligné sa position prudente. Son président, Mario Draghi, a indiqué qu'elle était prête à exploiter tout son arsenal d'instruments de politique monétaire pour faire converger l'inflation vers son objectif. Ce faisant, la BCE ajoute une nuance plus stimulante à sa communication et procède, pour ainsi dire, à un élargissement 'verbal', après l'élargissement 'quantitatif' antérieur. Le fait que la BCE adopte une attitude plus prudente dans sa communication sur sa politique future est en soi une indication supplémentaire de l'assombrissement de ses prévisions économiques.

Notre scénario pour le taux de dépôt de la BCE reste inchangé, la première hausse des taux n'étant pas prévue avant le second semestre 2020. La principale motivation à cet égard demeure le souhait de la BCE de faire un premier pas vers une normalisation du taux de dépôt et de mettre un terme à la période de taux directeurs négatifs. Les inquiétudes concernant la stabilité des marchés financiers et l'impact néfaste d'un taux à court terme négatif sur le secteur bancaire européen jouent un rôle important à cet égard. Afin d'atténuer le signal de resserrement qui résulterait de cette hausse du taux de dépôt, la BCE ne relèvera que dans une moindre mesure le taux qu'elle applique aux opérations de refinancement classiques. Le différentiel entre son taux de refinancement et le taux de dépôt sera donc ramené à 10 points de base. Il s'élève toujours actuellement à 40 points de base.

Dans cette optique, nous supposons maintenant une tendance haussière plus modérée du taux allemand à dix ans sur notre horizon prévisionnel. Concrètement, nous prévoyons maintenant une hausse à 30 points de base d'ici la fin de 2019 et à 60 points de base d'ici la fin de l'année prochaine. Cette affirmation s'appuie sur plusieurs arguments. L'orientation prospective la plus récente de la BCE, qui comprend aussi une référence à d'éventuelles mesures 'compensatoires' pour le taux de dépôt négatif, pourrait indiquer que la BCE souhaite maintenir le taux à court terme à un bas niveau pour une plus longue période. Les effets secondaires négatifs pourraient alors, par exemple, être compensés par un système de taux de dépôt différentié (tiered rate system). L'offre de liquidités reste en outre abondante. L'aversion mondiale pour le risque face à l'incertitude économique et géopolitique accrue continue également de peser sur les taux à long terme allemand. La perspective d'une diminution de l'offre d'emprunts d'État allemands en raison de la baisse attendue du taux d'endettement allemand pourrait également être un facteur important dans le contexte de la demande soutenue d'obligations allemandes. Le taux allemand à dix ans semble ne receler aucun potentiel de hausse, surtout à court terme. Le report de l'échéance du Brexit, les tensions commerciales mondiales et les nouvelles discussions attendues sur le budget italien en fin d'année devraient peser sur le taux allemand.

La prudence règne également parmi les dirigeants de la Fed (voir encadré 3). Par conséquent, nous ne prévoyons plus de hausses des taux sur notre horizon prévisionnel. Compte tenu de la modération attendue de la croissance, une première baisse de taux de la Fed vers le deuxième trimestre 2020 est même probable. La réduction du total du bilan de la Fed devrait être achevée d'ici septembre 2019.

Encadré 3 - Le changement de cap de la Fed

La Réserve fédérale a finalisé le revirement de sa politique monétaire amorcé au début de l'année. La Banque centrale américaine a suggéré qu'il ne devrait plus y avoir de hausse des taux en 2019. Elle vise en outre la finalisation de la réduction de son bilan en septembre. De plus, les nouvelles projections de la Fed ne prévoient qu'une seule nouvelle hausse des taux (en 2020) au cours de ce cycle économique. La patience est le mot-clé. Le président de la Fed, Jerome Powell, a semblé découragé de constater que la banque centrale n'avait pas rempli son mandat de 2% 'de manière plus symétrique'. L'un des principaux facteurs à l'origine de la rigidité du rythme des hausses de taux de la Fed l'an dernier a été une poussée inflationniste attendue au-dessus de l'objectif à moyen terme, qui ne s'est finalement pas réalisée. Les gouverneurs de la Fed veulent maintenant des preuves claires d'une accélération de l'inflation avant de prendre d'autres mesures. Des nuages assombrissent l'économie mondiale. C'est pourquoi il n'est pas urgent d'agir 'dans un sens ou dans l'autre'. 'Il faudra peut-être un certain temps avant que les perspectives de création d'emplois et d'inflation exigent un changement de politique'.

Le dot plot actualisé des gouverneurs de la Fed, qui reflète la vision de chacun d'entre eux, traduit la volonté largement partagée de la Fed de rester à l'écart pendant un certain temps. La médiane du taux directeur prévu cette année est passée de 2,875% en décembre (deux augmentations) à 2,375% en mars (aucune augmentation). Il est important de noter que 11 des 17 gouverneurs sont de cet avis, contre seulement 2 sur 17 en décembre. L'estimation de la médiane du taux directeur pour 2020 est passée de 3,125% à 2,625%. Il s'agirait donc de la dernière augmentation de taux de ce cycle. Le procès-verbal de la réunion politique de mars a cependant montré qu'il n'était pas évident pour le président de la Fed que la prochaine étape sera un relèvement de taux plutôt qu'un abaissement. Actuellement, les taux du marché monétaire intègrent une baisse de 40% des taux lors de la dernière réunion de la Fed de cette année (11 décembre). En plus des projections modifiées des taux directeurs futurs, la Fed a revu ses principes et les plans de normalisation de son bilan. La Fed prévoit de ralentir le rythme de la réduction de son bilan au cours des prochains trimestres. La Fed laisse aujourd'hui mensuellement pour 30 milliards USD d'obligations d'État et 20 milliards USD de titres liés à des hypothèques arriver à échéance sans réinvestir ce montant. À partir de mai 2019, le plafond des remboursements mensuels des obligations d'État américaines passera de 30 milliards USD actuellement à 15 milliards USD, avant d'être complètement arrêté à la fin du mois de septembre. Le bilan de la Réserve fédérale a été comprimé de plus de 4,5 milliards USD au début de la réduction au quatrième trimestre 2017 à moins de 4 milliards USD à l'heure actuelle. Fin septembre, le total du bilan devrait selon nous s'élever à environ 3,75 milliards USD. Cela dépasse de loin les prévisions initiales selon lesquelles le total du bilan serait ramené à environ 2,5 milliards USD.

Mise à jour économique des régions

Les prévisions les plus récentes

D'autres prédictions peuvent être trouvées ici.

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