La Fed fait tapis

Les marchés

Ce ne sera pas une averse, mais un orage: c’est la conclusion qui ressort de la communication toute récente de la banque centrale américaine. Hier, la Fed s’est réunie pour la deuxième fois ce mois-ci pour une réunion de politique imprévue. C’est exceptionnel et les mesures qui ont été prises ne le sont pas moins. La Fed fait tapis. Ce n’est pas un bluff, mais une suite royale; cependant, ceci n’est pas une partie de poker et la victoire demeure incertaine…

D’abord quelques mots sur les décisions prises. La Fed s’attaque aux taux et n’y va pas avec le dos de la cuillère: - 100 points de base, une réduction d’une ampleur telle que nous n’en avons même pas connue pendant la crise financière. À l’instar de la plupart des autres banques centrales, la Fed applique désormais un taux effectivement nul (0%-0,25%). Son président, Jerome Powell, prépare d’autres tirs d’artillerie lourde monétaire: un nouveau programme d’achat d’obligations, pour un budget étourdissant de 700 milliards de dollars. C’est officiel: “l’assouplissement quantitatif” est à nouveau d’actualité. La Fed a également assoupli les conditions d’octroi de crédit et prévoit des réserves de dollar “meilleur marché” pour les banques non américaines. De fait, en pleine période d’incertitude, l’attrait de la reine des devises ne se limite pas au marché américain. Les actions de la Fed s’ajoutent aux mesures déjà agressives prises plus tôt ce mois-ci: une réduction des taux de 50 points de base et une provision de liquidités qui peut (théoriquement) atteindre 5 billions de dollars (cinq mille milliards).

Powell prend ces mesures ambitieuses par crainte de l’impact économique dévastateur du coronavirus. Cette crainte est justifiée. Le président Trump a déclaré l’état d’urgence national et il est probable que des mesures d’intervention poussées suivront prochainement. Des villes majeures, comme New York et Los Angeles, n’attendent pas et prennent peu à peu des allures de ville fantôme européenne: les cafés, les restaurants, les théâtres, les écoles ferment leurs portes. Les autres suivront sans doute le mouvement. Inutile de préciser que ces actions brutales mais nécessaires menacent de faire basculer le pays dans la récession. Néanmoins, le coup de la Fed est particulièrement audacieux. Jusqu’à nouvel ordre, les conséquences concrètes du virus aux États-Unis demeurent inconnues; pourtant, la Fed joue dès à présent tous ses atouts. Par cette stratégie “shock and awe”, la banque centrale s’efforce de restaurer la confiance du marché, des consommateurs et des entreprises. Il serait bon qu’elle porte ses fruits – et le plus tôt sera le mieux.

Ce n’est pas couru d’avance. Dans le contexte actuel, la politique monétaire est plutôt un pilier secondaire. Après la réaction agressive de la Fed, l’idéal serait une riposte fiscale sérieuse, faute de quoi Powell pourrait avoir sacrifié son week-end et son arsenal monétaire pour rien. Actuellement, le marché n’est pas rassuré: les bourses plongent à nouveau dans le rouge. Les actions européennes cotent à des niveaux qui n’ont plus été vus depuis mi-2012. Les taux américains affichent des reculs jusqu’à 20 points de base. Nous sommes aussi particulièrement attentifs aux entreprises, qui sont au centre de la “crise du corona”. Ces derniers jours, les primes de risque de crédit augmentent à une vitesse folle. Les entreprises suspendent leurs activités et les flux de trésorerie s’assèchent. Par conséquent, il est probable que la demande de financement – et surtout de liquidités – reste très élevée à court terme. Dans un tel contexte, nous nous attendons à ce que le dollar, qui demeure la principale devise mondiale, reste particulièrement convoité. Cela explique au moins en partie pourquoi l’inondation de liquidités opérée par la Fed a relativement peu entamé la valeur du billet vert.

EUR/USD: inondation de liquidités par la Fed, mais des dégâts relativement limités pour le dollar tant convoité.

Bron: Bloomberg

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