La banque centrale tchèque à contre-courant

Les marchés

Ces derniers jours, il a surtout été question des répercussions économiques du coronavirus et des mesures qui pourraient en limiter l'impact. En dehors de la Chine, la plupart des banques centrales sont aujourd'hui dans l'expectative. Le marché garde cependant à l'esprit que la détérioration des chiffres due à l'épidémie pourrait donner lieu à un nouvel assouplissement monétaire (limité). Le fameux principe de précaution. La surprise a donc été de taille hier lorsque la banque centrale tchèque (CNB) a, contre toute attente, relevé son taux directeur, de 2,0% à 2,25%.

C'est surtout le timing qui a surpris. Aucun des analystes interrogés dans les sondages n'avait prévu cette hausse. Le débat n'est pourtant pas neuf au sein de la CNB. En décembre, deux gouverneurs (sur sept) avaient déjà voté en faveur d'un rehaussement de taux de 25 points de base. À l'opposé de la tendance dominante, cela fait longtemps que la banque centrale tchèque suit une approche orthodoxe. En décembre, l'inflation générale "headline" s'était établie à 3,2%, soit au-dessus de la fourchette de tolérance de 1%-3%. Mais tout ne se résume pas à cela. La CNB tient surtout compte de l'évolution de l'inflation sous-jacente sur son horizon de politique de deux ans. Les nouvelles prévisions de la banque indiquent que l'inflation risque de rester supérieure à 3% pendant encore un certain temps et ne retombera sous la barre des 2% qu'au milieu de l'année prochaine. Cela a suffi pour convaincre deux autres gouverneurs. Question de principe. "Trop is te veel". Les prévisions de croissance soulignent encore un peu plus à quel point la CNB fait preuve d'orthodoxie vis-à-vis de l'inflation. Pour cette année, elle a même revu sa prévision de croissance légèrement à la baisse à 2,3% (contre 2,4%). Mais même cela ne l'a pas empêché d'intervenir pour lutter contre le niveau élevé de l'inflation.

Une dernière variable importante dans le débat autour de l'inflation au sein de la CNB est la valorisation de la couronne. Celle-ci a récemment atteint son niveau le plus élevé depuis fin 2012, même si la hausse en pourcentage (et donc l'effet modérateur sur l'inflation) demeure relativement modeste. Dans ses projections, la banque centrale tient néanmoins compte d'un léger affaiblissement de la couronne pour cette année et l'année prochaine, par rapport au solide niveau auquel elle se trouve à l'heure actuelle. Compte tenu de la hausse de taux réalisée hier, cette dépréciation attendue de la monnaie tchèque est tout de même difficile à comprendre. Mais ainsi soit-il...

Immédiatement après l'annonce de la décision de la banque, nous avons logiquement assisté à une réaction pavlovienne. La couronne est partie à la hausse, en direction de EUR/CZK 24,85. Mais un autre mécanisme s'est rapidement enclenché par la suite, à savoir celui du "acheter la rumeur, vendre la nouvelle". Il ne faut jamais dire jamais, mais maintenant qu'elle a procédé à ce relèvement, la CNB pourrait avoir rempli son "devoir en matière d'inflation" pour quelque temps. Sur le marché, certains se demandent déjà si la banque n'a pas été un pas trop loin et si, à terme, elle ne devra pas faire machine arrière. Cela pourrait alors peser sur le potentiel haussier de la couronne. Un raisonnement que la CNB a également partagé jusqu'à présent. Si la couronne fait son travail en matière de lutte contre l'inflation, la politique monétaire pourrait alors être inversée. Entre août 2017 et mai 2019, période au cours de laquelle la CNB a normalisé sa politique et a progressivement resserré ses taux, cela ne s'était aussi que très partiellement (voire parfois pas du tout) traduit par une appréciation de la couronne. La prime de taux significative par rapport à l'euro pourrait, à court terme, jouer en faveur de la couronne, mais nous ne pensons toutefois pas que la monnaie tchèque s'apprête à connaître une forte envolée.
 

Figuur - EUR/CZK: la couronne à son plus haut depuis 2012

Bron: Bloomberg

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