Fin de partie pour la CDU allemande?

Les marchés

Coup de théâtre ou coup d’État? L'Allemagne vient de connaître un véritable séisme politique. Hier, le Land de Thuringe a été le théâtre d'une première historique pour le moins préoccupante. Pour la première fois de l'après-guerre en Allemagne, un parti d'extrême-droite, l'Alternative für Deutschland (AfD) pour ne pas le citer, a participé à la formation d'un gouvernement. Le cordon sanitaire a donc sauté. Le gouvernement national a d'ores et déjà convoqué une réunion de crise ce week-end à Berlin. L'AfD est-elle parvenue à piéger ses adversaires? Ou bien les libéraux du FDP et les chrétiens démocrates de la CDU ont-ils choisi de fermer les yeux?

En fin octobre, les élections régionales en Thuringe avaient débouché sur des résultats très partagés. Plus de la moitié des électeurs avaient voté soit pour le parti d'extrême-gauche Die Linke (31%) soit pour le parti d'extrême-droite AfD (23,5%). Les partis du centre avaient subi un véritable camouflet. Lors du précédent scrutin régional de 2014, les partis de gauche étaient parvenus à mettre hors-jeu la CDU, qui était à l'époque encore le plus grand parti du Land, en mettant sur pied une coalition regroupant Die Linke, les sociaux-démocrates du SPD et les écologistes et dirigée par le président de Die Linke, Bodo Ramelow. Face au refus de la CDU de s'associer à Die Linke, Ramelow avait déjà déclaré à la fin de l'année passée qu'il souhaitait reconduire l'alliance rouge-rose-verte. Seul problème: la coalition ne dispose que de 42 sièges sur les 90 que compte le Parlement régional. Lors de la réouverture de l'assemblée, Ramelow s'était donc porté candidat pour mettre en place un gouvernement minoritaire, alors que l'AfD avait proposé un candidat "indépendant" (Christoph Kindervater). Aucun des candidats n'était parvenu à obtenir une majorité absolue lors des deux premiers tours à bulletin secret (43 et 44 pour Ramelow, 25 et 22 pour Kindervater). Les chrétiens démocrates de la CDU s'étaient abstenus à deux reprises (22 et 24). Au troisième tour, également tenu à bulletin secret, une majorité simple suffisait. C'est ici qu'est entré en piste Thomas Kemmerich. Kemmerich, le président des libéraux du FDP (le plus petit parti du parlement régional, avec seulement 5 sièges), a en effet décidé de se présenter également au 3e tour. Et ce que personne n'attendait est arrivé. L'AfD a laissé tomber son propre candidat et a voté en masse pour le libéral Kemmerich. Mais les chrétiens démocrates ont également voté en sa faveur. Résultat: 45 voix pour Kemmerich, 44 pour Ramelow et 1 abstention. Politique de l'autruche de la part des ailes régionales du FDP et de la CDU ou coup de maître de l'AfD? Cette question est sur toutes les lèvres aujourd'hui en Allemagne.

Les conséquences de ce vote pourraient être particulièrement importantes. Pas tellement au niveau régional - Kemmerich refuse de monter au gouvernement avec l'AfD et une coalition avec la CDU (26 sièges sur 90) est politiquement impossible, ce qui va inévitablement entraîner un retour aux urnes en Thuringe - mais bien à l'échelle nationale. La principale victime est la CDU. Le parti s'est vu attribuer le mauvais rôle au plus mauvais des moments. Le parti est en pleine crise identitaire. Pas facile de trouver quelqu'un pour succéder à Angela Merkel. Annegret Kramp-Karrenbauer a été élue de justesse à la tête du parti, mais elle n'a entre-temps hérité que du poste de ministre de la Défense. Pas vraiment le portefeuille le plus prestigieux donc... La CDU est aussi d'un seul coup devenue le maillon faible dans la coalition nationale qu'elle forme avec le SPD, pourtant également souffrant. Lors des discussions en vue de la formation de la coalition en 2017, le SPD avait obtenu le droit d'évaluer la situation du gouvernement en 2019, pour éventuellement débrancher la prise. Étant donné son plongeon dans les sondages, cela aurait été un véritable suicide politique. À la fin de l'année passée, le SPD a donc décidé de poursuivre l'aventure avec la CDU. Le tremblement de terre en Thuringe change évidemment la donne. Le SPD pourrait en sortir gagnant. En théorie, reproduire la coalition rouge-rose-verte au niveau national était déjà possible après les dernières élections au Bundestag. La crise en Thuringe devrait en principe rapporter sur le plan électoral. En outre, les nouvelles générations du SPD et de Die Linke ont enterré la hache de guerre. Sur papier, les verts pourraient également s'embarquer avec la CDU, mais ce parti doit désormais faire avec l'étiquette de traître à la patrie. Nous attendons maintenant de voir ce qui ressortira de la réunion de crise à Berlin ce week-end. Le SPD osera-t-il prendre un risque électoral? Quoiqu'il en soit, la probabilité que le centre de gravité penche à gauche dans le prochain gouvernement allemand a de nouveau augmenté. À terme, cela ouvrira un peu plus la porte à l'abandon du "Schwarze Null" (la rigueur budgétaire traditionnellement prônée par l'Allemagne).

Mathias Van der Jeugt, salle des marchés KBC

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