La réforme fiscale américaine tombe à un mauvais moment

La réforme fiscale souhaitée par Donald Trump vise à booster la croissance économique américaine. Or cet objectif paraît irréaliste : l’économie américaine étant en fin de cycle conjoncturel et compte tenu de la nature même des mesures adoptées, cette politique n’aura qu’un effet limité sur la croissance. La Fed a de surcroît l’intention de resserrer plus fermement que prévu sa politique d’encouragement monétaire, dans l’hypothèse où la réforme fiscale serait plus efficace qu’escompté. Une chose est sûre : la stratégie menace de nuire aux finances publiques, d’ores et déjà précaires. Sur ce plan également, les encouragements budgétaires tombent donc on ne peut plus mal.

Une réforme fiscale multi-facettes

Pour Donald Trump, le vote de la réforme fiscale, premier succès à mettre au crédit des républicains, serait un véritable cadeau de Noël. Tout n’est pas encore réglé, mais une proposition définitive devrait être sur la table sous peu. Elle sera ensuite soumise à l’approbation du Sénat et de la Chambre des représentants. Si la loi est votée, la fiscalité des entreprises et des personnes physiques sera donc revue à la baisse. La décision la plus remarquable est celle qui consiste à diminuer de 35 à 21 % le taux de l’impôt des sociétés - sur le plan international en effet, 35 % était un taux relativement élevé. La mesure a donc pour but d’améliorer considérablement la compétitivité des entreprises américaines.

Elle prévoit également une réduction de l’impôt des personnes physiques. Selon les républicains, la réforme allégera la fiscalité de tous les Américains. Des études indépendantes ont toutefois montré qu’elle profitera surtout aux plus riches. Elle abaissera de surcroît le plafond de déductibilité fiscale des emprunts hypothécaires et limitera la déductibilité des impôts levés par les différents Etats. D’après la Maison-Blanche, le but ultime de la réforme est de créer 25 millions d’emplois aux États-Unis au cours de la prochaine décennie et de permettre une accélération de 4 % l’an de la croissance économique.

L’économie américaine, en fin de cycle conjoncturel

Il s’agit là d’objectifs pour le moins ambitieux, pour ne pas dire irréalistes, en particulier lorsque l’on considère l’état de l’économie américaine. Nous n'irons toutefois pas jusqu’à prétendre que les mesures n’auraient aucun effet sur la croissance ; mais elles auraient une incidence à court et à moyen termes, pas davantage.

Il faut savoir que l’économie américaine est en fin de cycle conjoncturel (le cycle qui traduit les accélérations et les ralentissements de la croissance économique) : la croissance sera donc bientôt à son apogée, après quoi elle marquera le pas. Certes, la réforme de la fiscalité des sociétés et des personnes physiques devrait la soutenir, si bien qu’elle entamerait son ralentissement plus tard que prévu. Mais l’impulsion, que ce soit en termes d’ampleur ou de durée, demeurerait limitée. La réforme profiterait en effet essentiellement aux citoyens les plus riches, qui épargneraient davantage et continueraient de thésauriser. Son influence sur la croissance du PIB serait par conséquent limitée. Les multiplicateurs fiscaux mesurent l’effet qu’aurait la réforme sur la croissance économique. Eux aussi concluent à une incidence limitée. Le Bureau du budget du Congrès américain (CBO) évalue à 0,0-0,4 seulement le multiplicateur induit par la diminution de l’impôt des sociétés ; en d’autres termes, à 1 dollar d’allégement fiscal ne correspondrait que 0 à 0,4 dollar de croissance supplémentaire. Les multiplicateurs, dans le cas des plus hauts revenus, seraient extrêmement limités eux aussi. La faiblesse de l’incidence des mesures sur la croissance est liée non seulement à leur nature, mais aussi au calendrier de leur adoption. L’économie étant en fin de cycle, il est très improbable que la réforme boosterait la croissance pour longtemps puisque la capacité de production disponible est d’ores et déjà en grande partie utilisée et que le plein-emploi est quasi total. Le cycle conjoncturel attendrait tout simplement un peu plus longtemps pour parvenir au sommet.

Incidence budgétaire considérable

Les effets de la nouvelle politique fiscale seraient donc plutôt limités et brefs. En l’absence quasi totale de preuves historiques contraires, nous ne nous attendons pas à un renforcement significatif du potentiel de croissance à long terme. Or c’est important, puisque cela implique que la réforme pourrait peser significativement sur les finances publiques américaines. Les républicains affirment qu’en stimulant la croissance, le plan va s’auto-financer. On l’a vu : rien n’est moins sûr. Loin d’être neutre sur le plan budgétaire, l’allégement de la fiscalité creuserait le déficit année après année, alourdissant, naturellement, la dette publique. Plusieurs estimations impartiales montrent d’ailleurs que la réforme aggraverait davantage la dette publique qu’un statu quo. Toute hausse de la dette publique engendre une augmentation des emprunts d’État, laquelle propulse les taux d’intérêt vers le haut, rendant les crédits aux entreprises et aux particuliers plus onéreux également. Si, dès lors, entreprises et ménages décident d’emprunter moins, ils reporteront leurs investissements, ce qui aura un effet délétère sur la croissance économique.

Sans compter que la perspective de voir la dette publique augmenter plus rapidement que prévu pourrait réveiller le débat sur le plafond de la dette américaine. L’accord conclu à titre temporaire entre Donald Trump et les démocrates à propos d’un relèvement du plafond, a expiré ce mois-ci. Pour éviter que l’État ne dépasse ce plafond, des mesures exceptionnelles, visant à limiter provisoirement ses emprunts, ont été prises. Mais il ne s’agit que de mesures temporaires et le sujet devra être remis sur le tapis dès le premier semestre de 2018. Les choses n’iront pas de soi et les incertitudes qui entoureront les résultats des négociations pourraient réduire à néant la dynamique d’investissement recherchée. De ce point de vue aussi, la réforme fiscale tomberait mal.

Incompatibilité avec la politique monétaire

Alors que l’État ouvre en grand les robinets, la Réserve fédérale resserre sa politique. La Fed, qui a remonté à plusieurs reprises déjà son taux directeur, entreprend de surcroît d’alléger son bilan. Si la réforme fiscale devait effectivement soutenir la croissance et l’inflation, la Banque centrale américaine pourrait, pour éviter la surchauffe, abandonner plus vite que prévu sa politique accommodante. Le relèvement des taux directeurs pèsera sur la croissance économique - ce qui est exactement à l’opposé de l’objectif poursuivi par les républicains.

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